Les Dessous de l’Agro : un premier épisode sur l’agriculture régénératrice
Pour inaugurer Les Dessous de l’agro, le nouveau podcast d’Agrosolutions, nous avons reçu Paoula Miegemolle, ingénieure agronome spécialisée dans les filières agroalimentaires.
Pendant 20 minutes, nous avons exploré un sujet qui prend de plus en plus de place dans le monde agricole : l’agriculture régénératrice.
Santé des sols, évolution des pratiques agricoles, accompagnement des agriculteurs et engagement des industriels : que recouvre réellement ce concept ? Quels bénéfices peut-il apporter aux exploitations et aux filières ?
Agriculture régénératrice : remettre le sol au cœur du système
Pour Paoula, l’agriculture régénératrice repose avant tout sur un principe simple : replacer la santé des sols au centre du système agricole. L’objectif est de préserver et de restaurer les fonctions naturelles du sol afin qu’il puisse mieux stocker l’eau, maintenir sa fertilité et soutenir la production agricole sur le long terme.
Cet enjeu est d’autant plus important que de nombreux sols agricoles sont aujourd’hui fragilisés. Érosion, perte de matière organique ou diminution de la biodiversité sont autant de signaux qui interrogent la durabilité des systèmes de production. Face à ces enjeux, l’agriculture régénératrice cherche à construire des systèmes de culture plus résilients, capables de mieux faire face aux aléas environnementaux tout en maintenant la performance économique des exploitations.
Car au-delà du concept marketing récent, cette approche s’appuie sur des fondamentaux agronomiques bien connus et éprouvés : santé des sols, diversification des cultures, amélioration de la matière organique ou encore réduction du travail du sol.
À quoi ressemble une parcelle en agriculture régénératrice ?
Sur le terrain, plusieurs pratiques sont souvent associées à l’agriculture régénératrice. Parmi les plus fréquentes :
- L’implantation de couverts végétaux entre deux cultures, afin de limiter les périodes où le sol reste nu pour le protéger de l’érosion et favoriser son activité biologique
- La diversification des rotations, avec des cultures moins répandues localement (sorgho, sarrasin, etc) afin de réduire les risques agronomiques et améliorer l’équilibre du système
- La réduction du travail profond du sol : le labour n’est pas systématiquement supprimé, mais devient un levier utilisé avec parcimonie
- Le développement d’infrastructures favorables à la biodiversité : haies, bandes fleuries ou bandes enherbées…
L’objectif n’est pas d’appliquer une recette unique, mais d’adapter les pratiques aux réalités agronomiques de chaque exploitation et de chaque territoire.
Une transition qui demande du temps et l’engagement des filières
Si les bénéfices attendus sont nombreux, la transition vers l’agriculture régénératrice représente également une prise de risques économique durant les premières années et un réel défi pour l’agriculteur qui doit :
- Acquérir de nouvelles références techniques
- Apprendre de nouvelles cultures
- Rechercher de nouvelles débouchés
- Investir dans du nouveau matériel
L’un des enseignements clés abordés dans l’épisode est la notion de temps. Selon les retours d’expérience observés dans les filières, il faut généralement 5 à 6 ans pour observer les effets de cette transition sur les sols et atteindre un nouvel équilibre technico-économique. Cette phase implique donc un accompagnement et un partage du risque entre les différents acteurs.
Les industries agroalimentaires ont un rôle majeur à jouer. De plus en plus d’entre elles développent des programmes valorisant les pratiques agricoles et s’engagent dans des démarches de plus long terme. Cette approche nécessite une collaboration renforcée entre agriculteurs, coopératives, industriels, distributeurs et parfois même collectivités territoriales et acteurs financiers.
Un autre défi reste à relever : celui de la lisibilité. Aujourd’hui, de nombreuses démarches coexistent, avec des niveaux d’exigence et des critères variés, sans définition collective de l’agriculture régénératrice. Le développement de cadres communs et d’indicateurs partagés apparaît donc essentiel pour faciliter l’engagement des agriculteurs, des entreprises et la compréhension des consommateurs.
Face à ce constat, plusieurs initiatives collectives émergent afin d’harmoniser les pratiques, les indicateurs et les méthodes d’évaluation.
Le principal conseil aux entreprises qui souhaitent se lancer
Le message de Paoula est clair : commencer par écouter le terrain !
Comprendre les réalités agronomiques locales, s’appuyer sur les données existantes et co-construire les projets avec les agriculteurs sont des conditions essentielles pour développer des démarches à la fois ambitieuses et réalistes.
L’agriculture régénératrice apparaît ainsi moins comme un ensemble de règles figées que comme une dynamique collective visant à renforcer la résilience des exploitations et des filières agricoles.
Ecoutez l’épisode complet
Derrière l’agriculture régénératrice se cachent donc des enjeux agronomiques, économiques et collectifs qui concernent l’ensemble des acteurs des filières. Découvrez l’intégralité de notre échange avec Paoula Miegemolle dans ce premier épisode des Dessous de l’agro. 🎧
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